Tizi Ouzou, le col qui ouvre sur la Kabylie

Le col des genêts, et derrière lui, toute la Kabylie. Assieds-toi, je te raconte.

Le centre-ville de Tizi Ouzou, avec les montagnes du Djurdjura en fond
Tizi Ouzou, le centre-ville. Où que tu regardes, il y a une montagne au bout de la rue.

Une ville qui n’a pas de vieux quartier

Tizi Ouzou veut dire le col des genêts, en kabyle. C’est un passage entre deux montagnes, et pendant des siècles il n’y avait là qu’un bordj turc et un marché. La vraie Kabylie, celle qui a mille ans, n’est pas dans la ville. Elle est au-dessus, dans les villages accrochés aux crêtes, chacun avec son minaret, son olivier centenaire et sa tajmaat, l’assemblée des hommes qui règle tout depuis toujours.

Alors quand tu viens à Tizi Ouzou, tu ne viens pas pour la ville. Tu viens pour ce qu’elle ouvre. Le Djurdjura, qui garde sa neige jusqu’en mai. Les villages des Ath Yenni, des Ath Hichem, d’Aït Menguellet, qui portent chacun un nom de tribu et un savoir-faire. Et la mer, à Tigzirt et Azeffoun, à quarante kilomètres, avec des ruines romaines sur la plage.

Les bijoux d’argent des Ath Yenni

Monte à Beni Yenni, à trente-cinq kilomètres, sur la crête. Là-haut, des familles fabriquent depuis des générations les bijoux kabyles : de l’argent, du corail rouge de la côte, et de l’émail bleu, vert et jaune. Les grosses fibules, les diadèmes, les bracelets qui pèsent lourd au poignet. Chaque grand-mère de Kabylie en a un coffret, et ne le sort qu’aux mariages.

Le secret, c’est que l’émail vient d’une technique apportée, dit-on, par des Andalous ou des Ottomans, et que personne ailleurs en Algérie ne la maîtrise. Tu peux regarder un bijoutier travailler. Il ne te dira pas tout. Mais il te montrera.

Les voix de la montagne

Il y a des villes qu’on connaît par leurs monuments. Tizi Ouzou, on la connaît par ses voix. Idir, né à Aït Lahcène, dont A Vava Inouva a fait le tour du monde en 1976, une berceuse kabyle chantée dans vingt langues. Matoub Lounès, né à Taourirt Moussa, qui a chanté la liberté jusqu’à ce qu’on l’arrête sur une route en 1998, et dont la tombe reçoit encore des visiteurs tous les jours. Aït Menguellet, le poète, qui chante toujours.

Et il y a Mouloud Mammeri, l’écrivain de Taourirt Mimoun, qui a passé sa vie à écrire ce que les vieux savaient par cœur pour que ça ne meure pas avec eux. Sans lui, la moitié de ce que je te raconte serait perdue.

Le stade, la seule vraie place de la ville

Si tu veux comprendre Tizi Ouzou en une heure, va voir la JSK jouer. La Jeunesse Sportive de Kabylie, les Canaris, jaune et vert. C’est le club le plus titré du pays, et c’est bien plus qu’un club. Pendant des années, quand on ne pouvait pas dire certaines choses, on les chantait au stade. Les tribunes de Tizi ont une voix, et cette voix a de la mémoire.

Yennayer, l’huile, et les figues sèches

Le 12 janvier, c’est Yennayer, le nouvel an amazigh, et la Kabylie le fête depuis bien avant que ce soit un jour férié. On prépare un couscous au poulet, on met sept légumes, on dit que si tu manges bien ce soir-là, l’année sera pleine. Dans les villages, on partage la viande d’une bête achetée en commun : la timechret, où chaque famille reçoit sa part, riche ou pauvre, la même.

Le reste de l’année, c’est l’huile d’olive qui règne, celle des pressoirs de l’automne, verte, qui pique la gorge, et les figues sèches qu’on mange avec. Un Kabyle en exil qui reçoit un bidon d’huile de son village ne le partage pas. Tu comprendras pourquoi quand tu l’auras goûtée sur place.

Ce qu’il faut faire au moins une fois

Monter à Tikjda, dans le Djurdjura, à quinze cents mètres, pour la forêt de cèdres et le silence. Pousser jusqu’à Lalla Khedidja, le sommet de la Kabylie, un pic de plus de deux mille trois cents mètres qui porte le nom d’une sainte. Traverser la forêt de Yakouren et ses chênes-lièges. S’asseoir sur la plage de Tigzirt devant les colonnes romaines. Et un soir, dans un village, écouter un vieux te dire un poème de Si Mohand ou M’hand sans que tu comprennes un mot, juste pour la musique de la langue.

Ici, on ne dit pas bienvenue. On dit ansuf yiswen. Ça veut dire la même chose, mais on le dit avec les deux mains.

Pour voir avant d’y aller

Une balade dans les ruelles de Tizi Ouzou, entre ambiance locale et vues sur le Djurdjura, octobre 2025.

Pour aller plus loin

Les bijoutiers des Ath Yenni ont leur article : Bijouterie kabyle vivante, l’âme berbère en action. Et depuis Tizi Ouzou, Béjaïa est à deux heures par la corniche, Alger à une heure et demie.

Tu veux y aller?

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