La Blanche. On l’appelle comme ça depuis toujours, et quand tu arrives par la mer, tu comprends pourquoi. Assieds-toi, je te raconte.

Une ville en escalier
Alger, c’est un amphithéâtre. La baie en bas, les collines en haut, et entre les deux, la ville en gradins, blanche, qui regarde la mer depuis mille ans. Elle a été fondée en 972 par Bologhine ibn Ziri sur les ruines d’un port romain, et on ne l’a jamais quittée depuis.
Pour la comprendre, il faut la lire de bas en haut. En bas, le port et les arcades du front de mer, celles du boulevard, que les Français ont construites pour cacher la ville ancienne derrière une façade européenne. Juste au-dessus, la Casbah. Et tout en haut, les quartiers qui ont poussé après, El Biar, Hydra, Bouzaréah, d’où on voit tout.
La Casbah, ou comment une ville se cache
La Casbah, c’est la vieille Alger ottomane. Un triangle de ruelles si étroites que deux personnes s’y croisent en se touchant, des maisons blanches qui se penchent l’une vers l’autre, des escaliers partout, et au bout de chaque escalier, la mer. L’UNESCO l’a classée en 1992. Les Algérois, eux, y vivent, y naissent, y meurent depuis quatre siècles.
Ce qu’on ne te dit pas : la Casbah est faite pour se perdre. Elle a été dessinée pour qu’un ennemi entré par le port ne trouve jamais le chemin. Alors ne cherche pas ton chemin. Monte. Tu finiras toujours par arriver à la citadelle, en haut, ou à la mer, en bas. Et entre les deux, tu auras vu un patio par une porte ouverte, une fontaine ottomane, une femme qui étend son linge entre deux siècles.
C’est ici que la bataille d’Alger s’est jouée en 1957, de maison en maison, de terrasse en terrasse. Chaque ruelle a un nom de martyr. Les vieux te les diront tous.
Notre-Dame d’Afrique et la Grande Poste
Sur la colline de Bologhine, au-dessus de la mer, une basilique regarde vers Marseille. Notre-Dame d’Afrique, 1872. Sur le mur du chœur, une phrase que tu ne trouveras dans aucune autre église : Notre-Dame d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans. Elle a été écrite au dix-neuvième siècle. Elle est toujours là.
En bas, en plein centre, la Grande Poste, 1910. Les Français l’ont voulue mauresque, avec des arcs, des coupoles, des stucs, pour dire qu’ils étaient chez eux dans l’Orient. Aujourd’hui c’est le monument le plus photographié d’Alger, et le lieu de rendez-vous de tout le monde : « On se retrouve à la Grande Poste. » Personne ne dit à quelle heure. Tout le monde y est.
Le chaâbi, la musique des cafés
Alger a inventé une musique, le chaâbi, dans les années 1920, dans les cafés de la Casbah. Un homme s’appelait El Hadj M’Hamed El Anka. Il a pris la musique andalouse des maîtres, il l’a rendue populaire, il y a mis les mots de la rue et les histoires des gens, et le chaâbi est né. On le joue au mandole, un instrument qui n’existe qu’ici. On le chante aux mariages, dans les cafés, tard le soir, quand les vieux se souviennent.
Si un soir tu entends un mandole derrière une porte à Bab El Oued, arrête-toi. On te fera entrer.
Bab El Oued, Belcourt, et les quartiers qui parlent
Chaque quartier d’Alger a son caractère et ses anciens. Bab El Oued, au pied de la Casbah, populaire, bruyant, fier, où le football et la politique se discutent à la même table. Belcourt, où Albert Camus a grandi dans un deux-pièces de la rue de Lyon, et où les bâtiments néo-mauresques cachent encore des cages d’escalier peintes. El Madania, sur sa colline, avec ses vieux qui jouent aux dominos face à la baie. Et le Jardin d’Essai, en bas, un jardin botanique de 1832 avec des allées de palmiers et de ficus géants, où les Algérois vont le vendredi comme on va à la mer.
Ce qu’il faut faire au moins une fois
Prendre le téléphérique jusqu’à Notre-Dame d’Afrique et redescendre à pied par Bologhine. Monter au Maqam Echahid, le monument aux martyrs, trois palmes de béton de quatre-vingt-douze mètres qu’on voit de partout, et regarder la ville d’en haut au coucher du soleil. Entrer dans la Grande Mosquée, Djamaa el Djazaïr, ouverte en 2019, dont le minaret est le plus haut du monde. Manger une chorba dans une gargote de la rue Didouche Mourad. Et un matin tôt, avant que la ville se réveille, marcher sur le front de mer entre les arcades, quand la lumière fait exactement ce que le mot « Blanche » promet.
Alger est difficile. Elle est bruyante, embouteillée, elle te fera attendre. Mais ceux qui l’ont quittée en parlent toute leur vie. Ça doit vouloir dire quelque chose.
Pour voir avant d’y aller
Le véritable Alger : la Casbah, la ville moderne et ce qu’on y mange, par Euronews Explore Algeria, septembre 2024.
De la Casbah à la Kabylie, le vlog d’un voyageur qui ne s’attendait pas à ça, septembre 2026.
Pour aller plus loin
Les places, les odeurs et les gens : Alger retrouvée. Et depuis Alger, Tipaza et ses ruines romaines face à la mer sont à une heure, Tizi Ouzou et la Kabylie à une heure et demie.
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